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Le
croate fait partie des langues indo-européennes, mais plus précisément des
langues slaves tout comme le russe ou le tchèque. Il faut savoir que les
langues slaves sont divisées en trois groupes : les langues slaves du
nord, comme le russe ou l'ukrainien, les langues slaves occidentales,
comme le tchèque ou le slovaque, et enfin les langues slaves du sud
auquel appartient le croate, ainsi que le serbe ou le bulgare par
exemple. On peut rappeler que le nom du pays dont faisait partie la Croatie jusqu'à son
indépendance, "Yougoslavie"(Jugoslavija [Yougoslavia]),
signifiait "le pays des Slaves (slavija) du sud (jug)".
La langue croate est
une langue très riche avec une grammaire très complexe qui comporte de
nombreuses déclinaisons. C'est l'une des langues la plus proche du
"vieux slave", langue originelle commune de tous les slaves,
les Balkans sont en effet le berceau de toute la culture slave.
Le croate a,
néanmoins, été soumis aux influences étrangères et on trouve donc un
certain nombre d'emprunts étrangers. On remarque, notamment, des mots
d'origine germanique, le nord du pays ayant longtemps été sous domination
autrichienne : kino [quino](cinéma), benzin [bènzine](essence), šaraf
[charaf](vis), etc...
On trouve également
des termes italiens introduits par Venise en Dalmatie et qui sont restés
dans le parler de cette région : šjor [chyore](monsieur), punta
[pounta](pont), skužati [scoujati](excuser), kvarat [cvaratte](quart),
etc...
Mais on compte
surtout de nombreux turcismes datant de la présence ottomane dans les
Balkans : džep [djépe](poche), džamija [djamia](mosquée), sat
[satte](heure), kat [katte](étage), kutija [koutia](boite), šećer
[chétchère](sucre), etc...
On peut enfin citer
quelques néologismes d'origine anglaise apparus plus récemment : program
[programme](programme), dizajn [dizayne](desyn), čat [tchatte](chat),
etc...
Si vous voulez
connaitre quelques mots croates d'origine française, en voici
quelques-uns qui datent pour la plupart de la présence napoléonienne dans
les Balkans : garnizon [garnizone](garnison), abažur [abajour](abajour),
žongler [jonnglère](jongleur), žargon [jargone](jargon), piknik
[picnic](pique-nique), randevu [ranndévou](rendez-vous, mais uniquement
pour un rendez-vous amoureux), etc...
En ce qui concerne
les mots croates dans la langue française, il n'y en a quasiment pas mais
on peut préciser que le mot cravate vient de la déformation du mot
"Croate" (Hrvat [Hrvatte]). C'est ainsi que Napoléon nomma
l'étoffe de tissu que ses soldats croates portaient autour du cou, la
cravate vient donc de Croatie.
Les
dialectes croates
Il existe trois
dialectes de la langue croate ; le kaykavien, le tchakavien et le
chtokavien, nommé selon la façon de dire le mot "quoi" dans
chacun des dialectes, kaj [ka'y] en kaykavien, čak [tchak] en
tchakavien et što [chto] en chtokavien..
Le kaykavien, qui
présente de nombreuses similitudes avec le slovène, est le dialecte de la
région de Zagreb. Le tchakavien est parlé dans la majeure partie de
l'Istrie et sur la majorité des îles croates. Cependant ces deux
dialectes ont tendence à ce perdre un peu dans les grandes comme Zagreb
car elles sont influencées, et c'est normal, par la langue officielle du
pays. Enfin le chtokavien est parlé dans toute la Dalmatie, en
Slavonie et à l'ouest de l'Istrie.
Mais ce dernier
dialecte est également divisé, en Croatie, en deux parlers, qui résultent
de la différence de prononciation d'une ancienne lettre glagolitique
(ancien alphabet croate), il s'agit de l'ikavien et du yékavien. Par
exemple, un enfant se dira dite [dité] en ikavien et dijete [diété] en
yékavien.
Le chtokavien
ikavien est parlé sur toute la côte dalmate à l'exception de la région de
Dubrovnik et à l'ouest de l'Istrie. Le yékavien est, quand à lui, parlé
dans l'arrière pays dalmate, dans la région de Dubrovnik ainsi qu'en
Slavonie. C'est ce dernier dialecte qui a été choisi en 1836 comme langue
littéraire croate par rapport au prestige de la littérature de Dubrovnik,
bien que ce choix a été largement contesté, notamment par le plus grand
auteur croate Miroslav Krleža dont la langue maternelle était celle de
Zagreb, le kaykavien (bien qu'étonnant, le dialecte de la capitale Zagreb
n'est pas la langue littéraire!). Cette langue est aujourd'hui la langue
officielle de la
Croatie..
Du
serbo-croate au croate
Sous le royaume des
Serbes, Croates et Slovènes puis sous la Yougoslavie, la
langue officielle de la
Croatie comme de la Serbie et de la Bosnie était le
serbo-croate car on considérait à tort que la langue parlée dans ces
trois républiques fédérales était la même.
Mais depuis
l'indépendance de la Croatie,
ce pays tente de faire reconnaître sa langue comme langue bien distincte
du serbe ce qui est légitime en vue des différences lexicales,
orthographiques, syntaxiques et alphabétique (les Croates utilisent
l'alphabet latin alors que les Serbes écrivent en cyrillique). En aucun
cas, un texte croate ne peut être identique à un texte serbe, pour
exemple, voici la traduction de la phrase "le train partira
précisément de la gare à dix heures et traversera toute la Slavonie" en
croate puis en serbe:
croate: vlak s
kolodvora krenut će točno u deset pa će prijeći
cijelu Slavoniju.
[vlak scolodvora krénoutché totchno oudèssètte patché priétchi tssiélou
slavoniou]
serbe:
воз са
станице
кренуће
тачно у
десет па ће да
пређе целу
Славонију.
transcription latine: voz sa stanice krenuće tacno u deset pa
će da pređe celu Slavoniju.
[voz sastanitssé krénoutché tatchno oudèssètte patché daprédjé tssélou
slavoniou]
Même si certaines
ressemblances sont présentes, on remarque tout de même des différences
significatives entre les deux langues.
Si la communication entre un Croate et un Serbe est tout à fait possible,
il en est de même entre un Bulgare et un Macédonien, il s'agit pourtant
bien de deux langues différentes tout comme le sont le croate et le
serbe.
De plus, depuis
l'indépendance, ces différences ne cessent de croître, notamment par la
restauration de mots croates qui s'étaient perdus au temps de la Yougoslavie au
profit des termes serbes utilisés dans la capitale Belgrade, également
capitale de la
Serbie. Par exemple, advokat [advocatte](avocat) est
redevenu odvjetnik [odvyétnik], generalni sekretar [guénèralni
sékrètar](secrétaire général); glavni tajnik [glavni taynik] et centralni
komitet [tssènntralni komitète](comité central); središnji odbor
[srèdichnyi odbore].
© Fabien LECLERCQ
pour le « Guide de conversation croate » du Routard (Larousse/Hachette)
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