Fabien LECLERCQ - Traducteur de

croate, serbe et bosniaque

 

La langue croate

 

 

 

   La langue croate

 

Le croate fait partie des langues indo-européennes, mais plus précisément des langues slaves tout comme le russe ou le tchèque. Il faut savoir que les langues slaves sont divisées en trois groupes : les langues slaves du nord, comme le russe ou l'ukrainien, les langues slaves occidentales, comme le tchèque ou le slovaque, et enfin les langues slaves du sud auquel appartient le croate, ainsi que le serbe ou le bulgare par exemple. On peut rappeler que le nom du pays dont faisait partie la Croatie jusqu'à son indépendance, "Yougoslavie"(Jugoslavija [Yougoslavia]), signifiait "le pays des Slaves (slavija) du sud (jug)".

La langue croate est une langue très riche avec une grammaire très complexe qui comporte de nombreuses déclinaisons. C'est l'une des langues la plus proche du "vieux slave", langue originelle commune de tous les slaves, les Balkans sont en effet le berceau de toute la culture slave.

Le croate a, néanmoins, été soumis aux influences étrangères et on trouve donc un certain nombre d'emprunts étrangers. On remarque, notamment, des mots d'origine germanique, le nord du pays ayant longtemps été sous domination autrichienne : kino [quino](cinéma), benzin [bènzine](essence), šaraf [charaf](vis), etc...

On trouve également des termes italiens introduits par Venise en Dalmatie et qui sont restés dans le parler de cette région : šjor [chyore](monsieur), punta [pounta](pont), skužati [scoujati](excuser), kvarat [cvaratte](quart), etc...

Mais on compte surtout de nombreux turcismes datant de la présence ottomane dans les Balkans : džep [djépe](poche), džamija [djamia](mosquée), sat [satte](heure), kat [katte](étage), kutija [koutia](boite), šećer [chétchère](sucre), etc...

On peut enfin citer quelques néologismes d'origine anglaise apparus plus récemment : program [programme](programme), dizajn [dizayne](desyn), čat [tchatte](chat), etc...

Si vous voulez connaitre quelques mots croates d'origine française, en voici quelques-uns qui datent pour la plupart de la présence napoléonienne dans les Balkans : garnizon [garnizone](garnison), abažur [abajour](abajour), žongler [jonnglère](jongleur), žargon [jargone](jargon), piknik [picnic](pique-nique), randevu [ranndévou](rendez-vous, mais uniquement pour un rendez-vous amoureux), etc...

En ce qui concerne les mots croates dans la langue française, il n'y en a quasiment pas mais on peut préciser que le mot cravate vient de la déformation du mot "Croate" (Hrvat [Hrvatte]). C'est ainsi que Napoléon nomma l'étoffe de tissu que ses soldats croates portaient autour du cou, la cravate vient donc de Croatie.

 


Les dialectes croates

 

Il existe trois dialectes de la langue croate ; le kaykavien, le tchakavien et le chtokavien, nommé selon la façon de dire le mot "quoi" dans chacun des dialectes, kaj [ka'y] en kaykavien, čak [tchak] en tchakavien et što [chto] en chtokavien..

Le kaykavien, qui présente de nombreuses similitudes avec le slovène, est le dialecte de la région de Zagreb. Le tchakavien est parlé dans la majeure partie de l'Istrie et sur la majorité des îles croates. Cependant ces deux dialectes ont tendence à ce perdre un peu dans les grandes comme Zagreb car elles sont influencées, et c'est normal, par la langue officielle du pays. Enfin le chtokavien est parlé dans toute la Dalmatie, en Slavonie et à l'ouest de l'Istrie.

Mais ce dernier dialecte est également divisé, en Croatie, en deux parlers, qui résultent de la différence de prononciation d'une ancienne lettre glagolitique (ancien alphabet croate), il s'agit de l'ikavien et du yékavien. Par exemple, un enfant se dira dite [dité] en ikavien et dijete [diété] en yékavien.

Le chtokavien ikavien est parlé sur toute la côte dalmate à l'exception de la région de Dubrovnik et à l'ouest de l'Istrie. Le yékavien est, quand à lui, parlé dans l'arrière pays dalmate, dans la région de Dubrovnik ainsi qu'en Slavonie. C'est ce dernier dialecte qui a été choisi en 1836 comme langue littéraire croate par rapport au prestige de la littérature de Dubrovnik, bien que ce choix a été largement contesté, notamment par le plus grand auteur croate Miroslav Krleža dont la langue maternelle était celle de Zagreb, le kaykavien (bien qu'étonnant, le dialecte de la capitale Zagreb n'est pas la langue littéraire!). Cette langue est aujourd'hui la langue officielle de la Croatie..

 


Du serbo-croate au croate

 

Sous le royaume des Serbes, Croates et Slovènes puis sous la Yougoslavie, la langue officielle de la Croatie comme de la Serbie et de la Bosnie était le serbo-croate car on considérait à tort que la langue parlée dans ces trois républiques fédérales était la même.

Mais depuis l'indépendance de la Croatie, ce pays tente de faire reconnaître sa langue comme langue bien distincte du serbe ce qui est légitime en vue des différences lexicales, orthographiques, syntaxiques et alphabétique (les Croates utilisent l'alphabet latin alors que les Serbes écrivent en cyrillique). En aucun cas, un texte croate ne peut être identique à un texte serbe, pour exemple, voici la traduction de la phrase "le train partira précisément de la gare à dix heures et traversera toute la Slavonie" en croate puis en serbe:

 

croate: vlak s kolodvora krenut će točno u deset pa će prijeći cijelu Slavoniju.
[vlak scolodvora krénoutché totchno oudèssètte patché priétchi tssiélou slavoniou]

 

serbe: воз са станице кренуће тачно у десет па ће да пређе целу Славонију.
transcription latine: voz sa stanice krenuće tacno u deset pa će da pređe celu Slavoniju.
[voz sastanitssé krénoutché tatchno oudèssètte patché daprédjé tssélou slavoniou]

 

Même si certaines ressemblances sont présentes, on remarque tout de même des différences significatives entre les deux langues.
Si la communication entre un Croate et un Serbe est tout à fait possible, il en est de même entre un Bulgare et un Macédonien, il s'agit pourtant bien de deux langues différentes tout comme le sont le croate et le serbe.

De plus, depuis l'indépendance, ces différences ne cessent de croître, notamment par la restauration de mots croates qui s'étaient perdus au temps de la Yougoslavie au profit des termes serbes utilisés dans la capitale Belgrade, également capitale de la Serbie. Par exemple, advokat [advocatte](avocat) est redevenu odvjetnik [odvyétnik], generalni sekretar [guénèralni sékrètar](secrétaire général); glavni tajnik [glavni taynik] et centralni komitet [tssènntralni komitète](comité central); središnji odbor [srèdichnyi odbore].

 


© Fabien LECLERCQ
pour le « Guide de conversation croate » du Routard (Larousse/Hachette)

 

© Fabien LECLERCQ - Traducteur de
croate, bosniaque et serbe